Foi d'oie

Publié le 26 Juillet 2009



La polémique sur l’origine de l’oie s’est quelque peu éclipsée ces derniers mois. Elle n’en reste pas moins un enjeu majeur pour notre société. Rappelons les faits : la phrase de L’origine commune des anatidés selon laquelle l’oie, l'ouette et le canard sauvage auraient un ancêtre commun constitue selon certains une insulte pour notre espèce. Notre discipline de groupe et notre port altier se trouveraient ainsi mis à mal et relativisés. Mais qu’en est-il vraiment ?

 

On pourra objecter que les faits sont têtus et que le matériel génétique commun à chacune d'entre nous n’en est pas moins fondé sur les mêmes structures que l’ensemble du règne animal. Voire comparable à celui des mangeurs de confit de l’espèce humaine... Mais cet argumentaire, qui ne convaincra que les esprits les plus rationalistes (qui dit architecture dit aussi architecte), ne reviendra qu'à prêcher des converties. De plus, les sciences évoquent aujourd’hui davantage leurs déviances technologiques : élevage industriel, gavage automatique ou conserveries aseptisées…

 

S’y ajoute un raidissement des rapports de basse-cour : comment conserver la tête haute face aux poules, dindons et autres lapins dans un tel contexte ?  Les cuisiniers, coutumiers des coups bas et totalement ignorants de ce jour historique où nous sauvâmes le Capitole, ne vont-ils pas profiter de la situation ?

 

Mais, au fond, n’est-ce pas plutôt notre questionnement qui pose problème ? Car nous partons là d’un a priori que l’on veut démontrer : excellence de l’oie ou au contraire Communauté volatile de défense terrestre et aérienne… avec, à la clé, une entrée de l’aigle byzantin dans l’Union qui fait grincer bien des becs.

 

De plus, il n’est pas question d’une descendance directe du canard mais d’une branche commune de l’arbre zoologique. Certes, mais de quoi parlons-nous alors ? D’une perruche, d’un poisson ou d’une paramécie ?

 

Les seuls arguments recevables supposent donc d’élever le débat. Car cousines lointaines ou pas des kamikazes agités à col vert, nous nous distinguons par nos héroïques, aimantes et futées pondeuses, dignement domiciliées dans notre cour de ferme ensoleillée ou chez les bons traiteurs. Et pour donner des ailes au personnage de Theodore Roszak bloqué par une tempête de neige chez les animistes les plus fondus, je préfère un univers complexe créé de manière à la fois surprenante et mathématique sur des temps surhumains, à une terre plate couverte de protoplasmes nés par génération spontanée. Pour le coup, ce monde-ci serait scientiste...

Rédigé par C. Mazières

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