Equidées

Publié le 30 Août 2009



Westerns, films de cape et d’épée  ou autres épopées russes du cinéma hollywoodien lui avaient donné ses lettres de noblesse.  Le bel étalon surbooké se rêvait à jamais en jeune premier sauvant les diligences, emportant Milady ou guidant Michel Strogoff. On aurait pu réaliser un film uniquement avec des chevaux  et comment imaginer La charge de la brigade légère sans ses fiers destriers ? 

Ecrivain, le cheval d’un trait aurait comblé ce manque : abrité sous quelque tranquille bouleau d'un modeste parc en forêt de Senlis, il aurait dépeint la vie d’autrefois au rythme impressionniste des saisons bousculé par les guerres qui saignaient le terroir.

Ou brossé par delà les océans, montagnes et prairies, la fresque familiale de cousins d’Amérique.

Su attirer enfin une esthète amazone et lui parler des heures du dessin mystérieux des arbres ou de la lumière d'un sous-bois de bruyères.

Et lorsque le soleil rendrait la blancheur du papier aveuglante, revenir sous la charpente d’une grange aménagée aux murs épais de fortin et à l'hygrométrie conservative.

Il n’osait cependant se l’avouer : son sabot rendait les choses compliquées et il avait dû se résoudre à vivre sous contrat et de surcroît en couple.

Il ne resterait dorénavant de la civilisation hippique que ses courses, cacophonie du hasard lorsqu’il est l’affaire des hommes et non d’une nature quelque peu domestiquée ; obsession des pur-sang et passage de la culture par pertes et profits par-dessus tout.

Chevaux de bataille et esclaves de la charrue n’avaient-ils connu qu’une gloire, une liberté juste et une bravitude aussi éphémères que des roses ? Il suffisait de se rappeler Easy rider, Les chevaux de feu, Il était une fois en Amérique voire même Space cowboys : combien de chevaux ?

Le pétrole avait modelé leur vie tel un moule à cire perdue (NDLA de dernière minute : beh oui, c’était du gâchis les chevaux en tartare, parce que des voitures y en aurait pu !) Pourtant, le cheval ne pouvait se tromper : si un oeuf cru devait lui tenir lieu de soleil couchant, aucun philosophe ou courageux jockey n'était ni ne serait là pour se souvenir de la question posée...

Ainsi éprouvait-il en conscience une véritable amitié pour son propriétaire, la magie du style gentleman-farmer les unissant parfois en un digne défilé pour ces temps humains révolus. Malgré les obstacles, le cheval gardait toujours les pieds sur terre...

Rédigé par C. Mazières

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