Nikolaïev

Publié le 1 Septembre 2009



Des prêtres scythes accompagnant les grandes invasions auraient amené avec eux des pigeons capables d'un vol particulier auquel les Slaves ont donné le nom de "danse des faucilles".

"Maxhayana" :  en sanskrit, la beauté existe. Telle est l'inscription que porte la représentation symbolique la plus ancienne du vol du pigeon de Nikolaïev. Une autre légende disait qu'un Nikolaïev irait un jour entier toucher les étoiles et que ce serait sa plus belle nuit....

Mais notre malheureux se nommait  Mykolaïv et pas Nikolaïev. Il avait été l'un des bouffons de quelque boyard oublié, qui, paradoxalement, ne l'avait pas oublié : Mykolaïv avait ri de ce grand seigneur aux mille chevaux. Et comme il n'était qu'un bouffon de deuxième ordre, un fils de paysan, nul n'avait ri avec lui. 

Alors, il s'était enfui. Il courait maintenant à en perdre haleine le long du grand canal creusé depuis son enfance par les prisonniers du boyard. La cavalerie était à ses trousses. A l'arrière, les chiens et l'infanterie ratissaient les fourrés. Les fées elles-mêmes semblaient pourchasser le drôle.

Mykolaïv n'avait quant à lui pour général que son esprit de bouffon de seconde catégorie et pour cavalerie que ses jambes d'équilibriste de troisième choix. Mais plus il courait vers son trop certain et en même temps par trop incertain avenir, plus ses pensées semblaient se presser en sens inverse, et il regrettait de ne pas avoir fait l'Ecole royale du rire, suivi les pas des artistes de cour, flatté l'orgueil du maître en moquant ses sujets...

Mykolaïv se réfugia chez une paysanne qui lui donna de quoi manger. Il  fut hébergé par un soldat qui monta la garde devant sa porte du coucher au lever du soleil. Il fut caché par une reine en exil qui lui offrit un diamant aussi lourd que ses regrets. Et lorsqu'il sortit au crépuscule de la maison d'un rabbin versé dans les sciences, il avait plus appris que durant toute sa vie passée.

Il ne savait plus exactement depuis combien de temps il fuyait, mais les chevaux l'avaient dépassé et Mykolaïv avait retrouvé son calme. Et comme il contemplait le paysage d'étangs et de forêts de cette contrée des bords de la Mer noire, sa respiration adopta le rythme des roseaux bercés par les vents.

Il longeait de nouveau le canal lorsqu'il entendit le tumulte de la meute. Mykolaïv se remit à courir, mais, alors même que le soleil se levait, la fatigue le gagna.  "Je suis un homme déterminé, comme ces anciens soldats que l'on rencontre dans les tavernes" se dit-il, et cette seule pensée accéléra sa course.

Étrangement, il comprit qu'il échapperait à ses poursuivants en apercevant un groupe d'oiseaux. Ceux-ci projetaient leurs ailes en avant, pareils aux chérubins de l'un des manuscrits du sage, s'élevaient vers les nuages tels les chants de la reine exilée, formaient en volant de concert à sa droite et à sa gauche comme le mur impénétrable d'une armée, mais avec une douceur et une distinction dans leur apparence qui lui évoquaient les ornements de la maison de bois de la paysanne.

Si tout cela était réel et comme écrit, alors tout était pensée, et le Grand Auteur de l'univers pourrait réinventer l'issue de son aventure avec plus d'esprit que le boyard. 

Et comme Mykolaïv avait toujours vécu en amuseur pour d'autres que lui-même, les chiens partirent soudain à la poursuite de touristiques Scythes venus récupérer leurs pigeons sacrés, les soldats aperçurent un haume gigantesque passant à vive allure dans le ciel, le boyard dut finir par reconnaître que sa servante lui avait bien annoncé une semaine auparavant avoir choisi ce jour funeste pour briquer son armure, la reine s'éprit du soldat chevaleresque, le rabbin découvrit que la paysanne était en réalité une rebbetzin, et notre bouffon put changer de métier...

Rédigé par C. Mazières

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