Chabotage

Publié le 2 Septembre 2009



08/04 : Je ne suis pas hostile aux révolutions par principe, mais ce qui se trame m'horrifie. Encore le persan, hier chez le vétérinaire. Il m'a adressé une oeillade, apparemment convaincu que je n'ai pas d'autre choix que d'accepter. Ai répondu par un étirement désinvolte. Je suis déjà fatigué de le croiser dans la cour (trois fois en une semaine...) mais pas question de le retrouver sur les coussins du maître.

10/04 : Le gouttière est revenu me donner un coup de patte. Sale ambiance dans l'étable : ai fait semblant de dormir pendant toute la réunion. Musso dit que sans les vaches, le fermier aura vendu avant un an. De mon côté, plusieurs plans pour liquider le cochon. A retenir : un banquet pour le 8 mai, l'ouverture d'un gîte ou faire seulement courir quelques bruits de couverts. S'inspirer du complot contre la laiterie, diviser.
Les rats acceptés dans le groupe. Ai donné l'impression d'être neutre.    

11/04 : L'ESB fait encore la une des quotidiens. Ai pris prétexte de me frotter au pull de Nikita pour surveiller son écran. Beaucoup de compta à finir. Puis quelques informations plus croustillantes. Pas intéressé habituellement par les histoires de souris, mais elles-seules m'interrogent dorénavant.

12/04 : Ai imaginé un conte : une vache encaisse les coups de bâton sans le moindre meuglement. Ses demi-soeurs les poules, elles, se la coulent douce assises à pondre toute la journée. Mais un bison s'échappe du zoo et l'enlève. Histoire idiote et il y a plus urgent. Ne pas oublier de rédiger mes mémoires, si tout cela finit bien.

18/04 : Découvert un livre d'Orwell sur la table de chevet du bobo. Un conte anthropomorphe, mais écrit à une drôle d'époque. Idée à faire valoir : dans la vraie vie, une vache produit des centaines d'hectolitres par an et ne la ramène pas. Feuilleté les pages culture du Fig Mag : aucun risque mis en évidence avec le lait. Ai laissé le dernier numéro de Téléfarma ouvert sur la table. Beau sujet sur la fête des voisins. Ne l'a pas lu, mais s'en est servi pour emballer une salade. Recommencer.

19/04 : J'ai senti que le persan avait eu un entretien avec Musso. Nouvelles consignes du mentor pour le mois qui vient : les chiens vont mordre les vaches en journée, les rats la nuit, plus des apparitions discrètes pendant la traite. Il va falloir suivre les vaches 24h/24 : risqué mais pas d'autre alternative. Fidelio très seul depuis le cambriolage : tenter une approche.

24/04 : Discours de Musso. Même baratin qu'il y a un mois : la ferme, lieu de danger par nature etc.  Ai présenté l'air de rien un topo neutre sur la compta plus quelques stats (stock d'oeufs, cours du chabichou, kilos périmés-année de caviar d'aubergine, pas plus d'un animal abattu en dix ans...) Attaqué en rentrant dans la chaufferie par le gouttière et un autre chat (le persan ?)  : nuit chez le véto. Sous collyres et bétadine.

30/04 :  Beau film hier soir : Le chat (la crème des humains a vraiment  du talent ; retrouver quand même le nom de l'acteur principal.) Me suis réveillé en meilleure forme. Je crois avoir compris le plan de Musso : plus de vaches donc de fromage, de fermier urbain, de répit pour les poules. Derrick la Course, inquiet pour sa vie, désarçonne alors malencontreusement le nouveau propriétaire. Changement de régime avec l'arrivée au pouvoir de Musso... A creuser : tous les animaux sacrifiés en connaissance de cause pour un porc deux boucs. De plus, qui nourrira le cochon et avec qui ? 

08/05 : Lu une histoire de lion dans Téléchiner. Il manque quelque-chose ou quelqu'un qui donne envie aux fermiers et autres animaux d'un peu de calme et de culture (difficile à imaginer). Passé la matinée avec mon maître devant la télévision. A craqué pour un vélo d'appartement et une poêle à manche antidérapant. Refaire les calculs. Persévérer aussi avec Fidelio : ai passé l'après-midi dans un arbre. Il doit beaucoup souffrir de son échec professionnel.

11/05 : Viens de terminer un livre sur les cockers. Conclusion : déclenchent habituellement un élan affectif chez les hommes, donc surjouer les sentiments. Ai offert un os à Fidelio. A l'avenir, ce sera "une traite surveillée, un os ; une nuit de garde, une douzaine d'os."

14/05 : A nouveau deux ou trois feuilles de choux qui en ont après les vaches : toujours trop cornues, rondes ou silencieuses... Un jour les bovins, un autre les moutons : les journalistes du Bouledogue ne sont jamais qu'une meute impitoyable.
Ai aperçu Perle en train de se laisser traire. 
La nausée vient du coeur, les affinités électives du museau (Schapenhauer).

Rédigé par C. Mazières

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