Amicalement vôtre

Publié le 6 Septembre 2009



Le chien et la chèvre possédaient plus d’un point commun. Ils apparaissaient en tout premier lieu comme les pensionnaires les plus libres de la ferme. Chacun d’eux pouvait ainsi aller et venir, errer et se nourrir à travers la campagne. Autant dire qu’ils rentraient souvent affamés de leurs pérégrinations tout en restant persuadés de leur indépendance.


Ils étaient donc également minces et alertes, et alliaient un bon sens de l’orientation à une connaissance topographique du Comtat. Ils étaient enfin assurés de finir leurs jours paisiblement, donc peu sujets au stress et à ses conséquences.


La chèvre et le chien se connaissaient, le premier se donnant parfois l’illusion de chaperonner la seconde. Mais à aucun moment le canidé n’aurait songé à mordre sa fière compagne. Pas plus que cette dernière à lui donner quelque coup de sabot. C’est ainsi disposés l’un envers l’autre qu’ils explorèrent  le pays depuis Salon jusqu'à l'Isle-sur-Sorgue.

Après avoir crapahuté parmi les oliviers, figuiers et autres falaises crayeuses, ils prirent l'habitude de se reposer à l'ombre d'un bâtiment en ruine sur lequel figurait une inscription indéchiffrable. Ils partagèrent le secret de leur découverte jusqu’au jour où le chien, sans que la chèvre y trouvât quoi que ce soit à redire, y conduisit le berger. Lui-même y emmena le maire de Cavaillon qui fit part de sa découverte à un archéologue. Ce dernier s’y rendit et rédigea un rapport qui parvint jusqu'à Aix.

On sut alors enfin le sens du texte gravé dans la pierre : une histoire de gros chien sauvage et de chèvre primaire sans cornes et frisottante, qui, s’ils l’avaient connue, ne leur aurait rien fait. Leur vie idyllique leur suffisait. Et qu’importaient les veaux, vaches, poules et autres oies, auxquels ce tourisme culturel aurait fait le plus grand bien...  


(à suivre)

Rédigé par C. Mazières

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